Traçabilité en Afrique : transformer la lutte contre la fraude en levier de confiance, de santé et de croissance

Quand un produit circule sans preuve d’origine, sans authentification fiable et sans suivi tout au long de la chaîne d’approvisionnement, il devient vulnérable : contrefaçon, dilution, substitution, mauvais étiquetage, contrebande, évasion fiscale. Pour de nombreux pays africains, cette réalité n’est pas un simple désagrément commercial. C’est un frein massif à la compétitivité, une menace directe pour la santé publique et un facteur aggravant des impacts environnementaux.

La bonne nouvelle : des solutions concrètes existent, combinant identification, authentification et traçabilité des produits, appuyées par des cadres juridiques et fiscaux modernisés. À la clé, des gains mesurables : plus de confiance, plus de transparence, des recettes publiques renforcées et des chaînes d’approvisionnement mieux protégées.


Pourquoi la fraude pénalise l’Afrique sur trois fronts : économie, santé, environnement

1) Un choc économique qui fragilise les États et les entreprises

La fraude agit comme une taxe invisible sur l’économie : elle réduit les ventes légitimes, érode les marges des acteurs conformes, décourage l’investissement et prive les États de ressources fiscales essentielles. Dans l’industrie alimentaire au niveau mondial, la fraude priverait chaque année le secteur de 30 à 40 milliards de dollars. Sur les marchés où l’informel est important, l’impact sur les finances publiques et la concurrence est encore plus marqué.

Au-delà des pertes directes, la fraude abîme la réputation des filières et des pays. Or, dans les échanges internationaux, la confiance se gagne aussi par la capacité à prouver l’authenticité, l’origine et la conformité d’un produit.

2) Une urgence sanitaire : quand l’authentification sauve des vies

Le sujet devient vital dès qu’on parle de santé. Les médicaments falsifiés et de qualité inférieure représentent un risque majeur pour les patients et les systèmes sanitaires. Les estimations citées dans les travaux évoquent une fraude aux médicaments évaluée à 200 milliards de dollars par an. Selon des données relayées par l’Organisation mondiale de la santé, 42 % des signalements de faux médicaments enregistrés entre 2013 et 2017 provenaient d’Afrique.

Les conséquences humaines sont dramatiques : on estime que près de 200 000 enfants africains meurent chaque année après avoir pris des médicaments falsifiés ou de qualité inférieure (notamment des antibiotiques, des antipaludéens et des vaccins). Ici, la traçabilité n’est pas un « plus » technologique : c’est un outil de protection des patients et de sécurisation des parcours de soins.

3) Un enjeu environnemental et énergétique : réduire les filières illicites

Sur le plan énergétique, la fraude et le commerce illicite ne se limitent pas à des pertes financières : ils alimentent des réseaux criminels, favorisent des produits frelatés (plus polluants et plus dangereux) et compliquent la transition vers des énergies plus propres. À l’échelle mondiale, des estimations évoquent 133 milliards de dollars de carburants volés, falsifiés ou escroqués sur un marché global de plusieurs trillions de dollars.

Et à mesure que les marchés des énergies « vertes » se structurent, l’exigence de preuves vérifiables (origine, conformité, certification) devient centrale. La traçabilité contribue alors à crédibiliser des démarches de durabilité, à limiter les déclarations trompeuses et à mieux suivre les impacts tout au long du cycle de vie.


Les produits les plus touchés : quand le quotidien devient un terrain de fraude

La fraude ne concerne pas uniquement des produits rares ou haut de gamme. Elle s’installe souvent au cœur des achats de tous les jours, avec des effets immédiats sur le budget des ménages et la sécurité des consommateurs.

Fraude alimentaire : une pression constante sur la qualité et la confiance

Plusieurs catégories de produits sont régulièrement citées comme particulièrement exposées en Afrique, notamment :

  • l’huile d’olive (souvent ciblée par des pratiques internationales de substitution, dilution ou fausse provenance) ;
  • l’huile de palme;
  • le poisson;
  • le miel;
  • le riz;
  • l’alcool;
  • et d’autres denrées fréquemment concernées par la contrefaçon, la substitution ou l’étiquetage trompeur.

Le résultat est double : les consommateurs perdent confiance, et les producteurs sérieux voient leur valeur captée par des acteurs opportunistes. À l’inverse, une chaîne traçable permet de mettre en avant la qualité, de protéger les marques et de soutenir les filières qui investissent réellement dans les standards.


Identification, authentification, traçabilité : de quoi parle-t-on exactement ?

Ces trois notions sont complémentaires. Ensemble, elles constituent une approche structurée pour sécuriser les marchés et améliorer la gouvernance économique.

FonctionObjectifBénéfices concrets
IdentificationDonner une identité unique à un produit (ou lot), associée à des données fiablesMeilleure visibilité sur les volumes, les opérateurs et les flux
AuthentificationPermettre de vérifier qu’un produit est légitime et non contrefaitProtection des consommateurs, des marques et des recettes fiscales
TraçabilitéSuivre le produit à travers la chaîne (production, distribution, vente)Réduction des fuites vers l’informel, rappels ciblés, contrôle renforcé

Le point clé : une solution efficace ne se limite pas à « marquer » un produit. Elle s’inscrit dans un système: données fiables, contrôles, capacités de vérification sur le terrain, et cadre réglementaire qui rend la conformité avantageuse.


Ce que la traçabilité change immédiatement : des bénéfices visibles pour tous

Pour les citoyens : sécurité, qualité, pouvoir de choisir

  • Moins de risques liés à des médicaments falsifiés et à des produits alimentaires contrefaits.
  • Plus de transparence sur l’origine et la conformité.
  • Une confiance renforcée dans les circuits formels, là où les contrôles et les responsabilités sont identifiables.

Pour les entreprises : protection de marque et concurrence plus saine

  • Réduction de la contrefaçon et des substitutions qui détruisent la valeur.
  • Différenciation par la qualité prouvée et la conformité.
  • Meilleure gestion des stocks, des lots, et des incidents qualité (avec des retraits plus rapides et ciblés).

Pour les États : plus de recettes, plus d’efficacité, plus de souveraineté

  • Mobilisation des recettes sur des produits souvent soumis à accises (tabac, alcools, etc.) et sur des filières sensibles.
  • Réduction de l’économie informelle et des fuites (contrebandes, sous-déclarations).
  • Administration plus performante grâce à des données vérifiables et des contrôles mieux ciblés.

La technologie comme accélérateur : l’apport de solutions d’authentification et de traçabilité

Les outils technologiques dédiés à l’identification, l’authentification et la traçabilité sécurisées ont un point commun : ils visent à rendre la donnée protégée, vérifiable et difficilement falsifiable tout au long du parcours d’un produit. Cette approche est portée notamment par l’entreprise suisse sicpa, spécialisée dans les solutions et services d’authentification, d’identification et de traçabilité sécurisées.

Pour se rapprocher des acteurs économiques et institutionnels du continent, SICPA a créé en mars 2020 une entité dédiée, SICPA West-Africa, basée au Casablanca Finance City au Maroc, avec l’objectif affiché de favoriser le transfert d’expertise, l’innovation technologique et la création de valeur au Maroc et au-delà, en Afrique subsaharienne.

Des résultats qui parlent : recettes fiscales et formalisation

Dans les expériences citées, la mise en place de dispositifs de marquage et de contrôle sur des produits concernés a été associée à des hausses de recettes publiques. Des exemples de progression de recettes fiscales sont notamment mentionnés :

  • Kenya: +45 %
  • Ouganda: +40 %
  • Tanzanie: +128 %

Au-delà des recettes, l’un des gains les plus structurants est l’augmentation du nombre d’opérateurs recensés, signe d’une économie qui se formalise et devient plus lisible pour les autorités comme pour les partenaires privés.


Cadres juridiques et fiscaux : la traçabilité fonctionne mieux quand les règles renforcent la confiance

La technologie, seule, ne peut pas tout. Pour que les dispositifs d’identification et de traçabilité deviennent un standard durable, ils doivent s’inscrire dans un environnement réglementaire cohérent, capable de :

  • définir les obligations (étiquetage, contrôle, sanctions, conformité) ;
  • harmoniser les pratiques avec les standards internationaux, afin de faciliter le commerce et l’investissement ;
  • renforcer la capacité des administrations à taxer et contrôler là où la valeur est réellement créée.

BEPS : lutter contre l’érosion de la base fiscale et le transfert des bénéfices

La démarche BEPS (Base Erosion and Profit Shifting) vise à limiter l’érosion des bases d’imposition et les transferts de bénéfices vers des juridictions à fiscalité faible. Initiée en 2015 sous l’impulsion de pays du G20 et de l’OCDE, elle s’est structurée ensuite dans un cadre inclusif permettant à davantage de pays de participer aux travaux sur :

  • la répartition des droits d’imposition entre juridictions ;
  • la conception de mécanismes pour aider à garantir qu’un minimum d’impôt soit acquitté par les multinationales.

Pour les pays africains, l’intérêt est clair : consolider la souveraineté fiscale, moderniser les pratiques et bénéficier d’un partage de connaissances et de bonnes pratiques administratives.

CRS : l’échange automatique d’informations pour plus de transparence

La norme CRS (Common Reporting Standard), appelée aussi norme commune de déclaration, repose sur l’échange automatique d’informations concernant les comptes détenus par des non-résidents. Concrètement, une institution financière transmet des informations pertinentes à l’administration fiscale du pays de résidence fiscale du titulaire, afin de renforcer la transparence et la conformité.

En matière de confiance économique, l’apport est majeur : un environnement plus transparent réduit les angles morts, facilite l’application des règles et contribue à une concurrence plus loyale entre acteurs.


Construire une « économie de confiance » : l’effet domino positif de la traçabilité

Lorsqu’un pays investit dans l’authentification et la traçabilité, il ne fait pas que « lutter contre la fraude ». Il déclenche un cercle vertueux :

  1. Les produits deviennent vérifiables: moins de contrefaçons, plus de sécurité.
  2. La conformité devient visible: les acteurs sérieux gagnent un avantage concurrentiel.
  3. Les recettes augmentent: l’État finance mieux les services publics.
  4. La confiance progresse: partenaires internationaux, investisseurs et consommateurs sont rassurés.
  5. Les filières se structurent: formalisation, qualité, exportabilité accrue.

Dans un contexte où l’informel, la contrefaçon et la corruption nourrissent la suspicion, la confiance devient un actif stratégique : elle se construit avec des preuves vérifiables, des règles claires et des contrôles efficaces.


Quels cas d’usage prioritaires pour un impact rapide ?

Pour obtenir des résultats concrets, il est souvent pertinent de commencer par des secteurs où les gains sont immédiats en sécurité et en recettes, et où la fraude est structurellement élevée.

1) Produits de santé : sécuriser l’approvisionnement et protéger les patients

  • Authentification des boîtes et lots, avec vérification possible en chaîne (distribution, pharmacies, structures de soins).
  • Traçabilité des mouvements pour limiter l’infiltration de produits falsifiés.
  • Meilleure capacité à gérer des alertes et à retirer des lots problématiques.

2) Produits soumis à accises : réduire l’informel et augmenter les recettes

  • Marquage et contrôle des produits les plus exposés aux circuits illicites.
  • Réduction de la contrebande et des sous-déclarations.
  • Amélioration de l’efficacité administrative grâce à des données exploitables.

3) Agroalimentaire : restaurer la confiance et ouvrir des opportunités de marché

  • Preuve d’origine et de conformité sur des catégories fréquemment contrefaites (huiles, miel, riz, alcool, poisson).
  • Protection des producteurs et transformateurs qui investissent dans la qualité.
  • Meilleure valorisation des filières locales par la transparence.

Feuille de route : comment réussir une stratégie de traçabilité à l’échelle d’un pays

Étape 1 : cibler les flux à risque et définir des objectifs mesurables

  • Identifier les catégories les plus fraudées (alimentaire, santé, carburants).
  • Fixer des indicateurs : hausse des recettes, baisse des saisies, hausse des opérateurs enregistrés, réduction des incidents sanitaires.

Étape 2 : choisir une approche technologique adaptée et vérifiable sur le terrain

  • Systèmes d’identification et d’authentification robustes.
  • Processus de contrôle utilisables par les administrations et les acteurs de marché.
  • Capacité à produire des données fiables pour piloter la politique publique.

Étape 3 : sécuriser l’adhésion des parties prenantes

  • Dialogue avec industriels, distributeurs, autorités de contrôle, douanes et administrations fiscales.
  • Formation et accompagnement opérationnel.
  • Communication centrée sur les bénéfices : sécurité, qualité, équité.

Étape 4 : renforcer le cadre de confiance (juridique, fiscal, international)

  • Modernisation des obligations de conformité et des sanctions.
  • Alignement avec des démarches de transparence et de coopération, notamment BEPS et CRS.
  • Amélioration continue sur la base des données et retours de terrain.

Conclusion : la traçabilité comme avantage compétitif pour l’Afrique

La fraude pénalise l’Afrique à grande échelle, en coût économique, en pertes fiscales, en risques sanitaires et en impacts environnementaux. Mais cette réalité met aussi en lumière une opportunité stratégique : construire des marchés où l’on peut prouver l’origine, vérifier l’authenticité et suivre les produits de bout en bout.

En combinant des solutions technologiques d’identification, d’authentification et de traçabilité (à l’image des approches portées par des acteurs spécialisés comme SICPA et sa présence en Afrique de l’Ouest) avec des cadres juridiques et fiscaux plus transparents (notamment via des démarches telles que BEPS et CRS), les pays africains peuvent renforcer une véritable économie de confiance.

Et lorsque la confiance s’installe, les bénéfices s’additionnent : des citoyens mieux protégés, des entreprises plus compétitives, des filières assainies, des recettes publiques en hausse, et une crédibilité renforcée sur la scène internationale. La traçabilité devient alors ce qu’elle devrait toujours être : un investissement à impact, au service de la santé, de la souveraineté et de la croissance.

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